samedi 28 février 2015

"Marion, 13 ans pour toujours" de Nora Fraisse

MARION, 13 ANS POUR TOUJOURS

Auteur : Nora Fraisse


Résumé :

EN FRANCE, 1 ÉLÈVE SUR 10 EST VICTIME DE HARCÈLEMENT À L’ÉCOLE.
« Marion, ma fille, le 13 février 2013, tu t’es suicidée à 13 ans, en te pendant à un foulard, dans ta chambre.
Sous ton lit en hauteur, on a trouvé ton téléphone portable, attaché au bout d’un fil, pendu lui aussi pour couper symboliquement la parole à ceux qui, au collège, te torturaient à coups d’insultes et de menaces.
J’écris ce livre pour te rendre hommage, pour dire ma nostalgie d’un futur que tu ne partageras pas avec moi, avec nous.
J’écris ce livre pour que chacun tire les leçons de ta mort. Pour que les parents évitent à leurs enfants de devenir des victimes, comme toi, ou des bourreaux, comme ceux qui t’ont fait perdre pied. Pour que les administrations scolaires s’évertuent à la vigilance, à l’écoute et à la bienveillance à l’égard des enfants en souffrance.
J’écris ce livre pour qu’on prenne au sérieux le phénomène du harcèlement scolaire.
J’écris ce livre pour que plus jamais un enfant n’ait envie de pendre son téléphone, ni de suspendre à jamais sa vie. »
Un récit recueilli par Jacqueline Remy.



Avis :

Le mercredi 13 février 2013, Nora, accompagnée de ses deux plus jeunes enfants, s’absente à peine quelques heures le temps de passer au tri des déchets et de déposer des vêtements trop petits pour les siens à son amie Zahia.
Elle ferme la porte à clef en laissant au lit sa fille aînée de 13 ans, qui est malade.
Ses appels téléphoniques restant sans réponses, cette mère se précipite chez elle et découvre Marion pendue à l’aide d’un foulard dans sa chambre.
Pourquoi un tel acte ?
Marion est une bonne élève en 4ème au collège Jean-Monnet de Bris-sous-Forges, gentille, timide, rêvant de devenir architecte, amoureuse de Romain.
Que s’est-il passé ? Comment vivre après ? Est-on obligatoirement coupable en tant que parent ? Aurions-nous pu y remédier ?
Dès le lendemain, à la une du Parisien, le père et la mère de Marion, apprendront brutalement que leur adolescente est une des victimes du harcèlement scolaire.
Aurait-on pu les mettre en garde ? Qui est ou sont responsables de cette souffrance ? Que faire ?

Ce sont les cris d’une maman forte dans toute sa colère et son incompréhension face aux murs du corps enseignant jusqu’au rectorat soutenus par les politiciens, sans oublier le manque de compassion et d’humanité de certains voisins et parents ; mais principalement dans toute sa triste beauté envers la chair de sa chair meurtrie, son rayon de soleil qui s’est éteint.
C’est le combat d’une mère pour briser définitivement cette loi du silence sur ce fléau si tabou, le harcèlement scolaire tue !

Nora Fraisse, maman de Marion, est bouleversée, énervée, blessée au plus profond de son être, on est saisis par la perte de sa fille et on le ressent parfaitement par sa plume directe, tranchante, sans langue de bois. On suit ses questionnements, sa quête de vérité, puis ses raisonnements.
Après avoir mené difficilement son enquête, elle dénonce tous les dysfonctionnements des administrations à qui nous confions nos enfants en toute quiétude, sans penser un instant qu’ils peuvent subir d’odieuses brimades à la vue de tous et pourtant livrés à eux-mêmes sans aucun soutien. Bref, il suffit d’un seul incompétent ou une marionnette dirigée par sa hiérarchie, avide d’une promotion/mutation, à la tête d’un établissement pour que ce drame se reproduise inlassablement.
Elle n’hésite pas à mettre en avant qu’un travailleur est mieux protégé par les lois qu’un élève, sauf les gamins bourreaux (« petits cons ») qui restent intouchables, c’est tout à fait l’impression qu’ils donnent par leur comportement.
Toutefois, elle apporte également de judicieuses solutions, seulement celles-ci demandent de l’investissement, une organisation et surtout une volonté de bien vouloir ouvrir les yeux, plutôt que de continuer à « se cantonner dans une politique de l’autruche criminelle ».

Doit-on faire aux autres ce qu’on n’aimerait pas qu’on nous fasse ? Tout n’est qu’une question d’éducation et de jugement !

J’ai dû m’arrêter au milieu de cette lecture, tellement j’étais survoltée et révoltée de constater tout ce qui a été infligé à Marion sans que personne ne s’interpose, à cette famille, rien ne leur a été épargné, même pas un deuil digne.
À la fermeture de ce témoignage, je me demande encore si certains intervenants ont un minimum de conscience, voire même de civilité et/ou de professionnalisme.

Il m’est impossible de dire que ce livre est un immense coup de cœur, alors qu’un bien trop jeune a cessé de battre… Cependant, je suis de tout cœur avec la famille et les proches de Marion, des victimes vivantes et décédées, des futurs souffre-douleur et de leurs parents qui se sentent totalement démunis et impuissants malgré leurs alertes.

C’est un roman préventif, totalement pédagogique. Malheureusement je ne pense pas que l’éducation nationale l’utilisera, car il faudrait qu’elle se remette vraiment en cause, ne serait-ce que pour arrêter ces ignobles massacres et pour le bien de l’avenir du peuple de demain.

Cette chronique n’a pas été écrite par mes mains, mais avec mes tripes de mère qui va délicatement confier « Mayon » à sa progéniture.

Cette affaire est en cours d’instruction, donc j’en profite pour rajouter que Marion mérite une justice impartiale et exemplaire. Absolument tous les protagonistes de tout âge, toutes hiérarchies confondues, doivent assumer leurs actes, les faits et les conséquences qui en résultent !

Pour aborder cette thématique pas simple mais réellement nécessaire, afin que chacun prenne conscience de l’urgence et d’enrailler ce déni de société, je conseille également le livre "De la rage dans mon cartable" de Noémya Grohan, témoignage d’une victime rescapée.


Satrape 



Roman : Témoignage
Editions : Calmann-Lévy
Date de parution : 2015
Pages : 192
Prix : 16,50 euros
ISBN : 978-2702156360

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