mercredi 24 août 2016

"Les pluies" de Vincent Villeminot

Les pluies

Auteur : Vincent Villeminot


Résumé :

Kosh songea qu'il n'avait jamais vu les yeux de Lou dans le soleil.
C'était parce qu'il pleuvait depuis maintenant huit mois. Une pluie serrée, violente, une pluie de mousson qui paraissait blanche la nuit dans les phares ou la lumière, et faisait un voile gris sur toutes choses, le jour, à plus de quelques mètres. Le phénomène, inexplicable, échappait à toute logique, à toute prévision, à tout modèle, à toute saison.
Il se perpétuait. Partout, les eaux avaient monté, les rivières enflées, on consolidait les digues, on en bâtissait d'autres, plus hautes, mais qui se révélaient de nouveau insuffisantes. Les montagnes ruisselaient. Les fleuves débordaient. Des plaines autrefois agricoles ressemblaient à des marécages 
Mais Kosh n'avait pas besoin de voir le soleil les éclairer pour savoir que le vert des yeux de Lou était menthe à l'eau. Et qu'ils étaient la plus belle chose qu'il ait jamais vue. Surtout lorsqu'elle souriait. Qu'il la faisait sourire.
L'eau monte, les digues sont sur le point de céder, il faut évacuer. Sur le port, les réfugiés se battent pour prendre place dans les derniers bateaux, pris de panique, convaincus qu'il s'agit là du dernier espoir de s'en sortir. C'est une cohue indescriptible et au moment d'embarquer, dans un mouvement de foule, Kosh est arraché à Lou. Dernier échange de regards.
"Survis..." la supplie-t-il. "Survis, et moi, je te retrouverai."




Avis :

Voilà huit mois que la pluie tombe sans discontinuer, pas même un instant pour reprendre son souffle, et ce n'est pas de la bruine, mais une ondée lourde, forte.
Huit mois que le soleil ne perse/crève plus les nuages, tout et tout le monde est à bout. Au milieu de ce déluge il y a Kosh, qui est amoureux de Lou, respectivement les aînés de Malcolm et Noah, qui se détestent, et Ombre, un bébé.
L’averse sans fin cessera-t-elle enfin ? Si elle continue qu'adviendra-t-il du monde ? Comment réagir face à l'adversité ?

À force de pleuvoir, les rivières domptées se cabrent et il faut évacuer le village entier car les barrages menacent de céder. Ils se promettent de toujours résister ensemble mais dans la cohue, les réfugiés se battent pour embarquer dans les derniers bateaux, et les voilà séparés par des flots tumultueux.

Dès la première page, le ton est donné, on nous met la tête sous la flotte en comprenant que ce ciel gris et pluvieux au réveil était un quotidien épuisant, écrasant. Puis l'auteur nous laisse aspirer une goulée d'air grâce à un flashback sur la rencontre coup de foudre entre Kosh et Lou. Mais l'apnée refait surface. Ce n'est pas tant l'action de départ qui enserre la gorge, mais plutôt la sensation oppressante de l'humidité et ce sentiment débute seulement. Car une fois les personnages en place, les péripéties commencent.
Seuls ils dénicheront un abri pour le moins étonnant dans un paysage désolé, l'angoisse monte identique au rythme que les eaux. L'espoir semble pourtant renaître avant de leur être retiré bien vite lorsqu'ils seront désunis.

Les héros sont des personnes ordinaires, des ados, tentant de survivre envers les cataclysmes terrestres. Ils n'ont pas de superpouvoirs, juste leur discernement pour affronter les dangers qui seront nombreux, pas uniquement la puissance dévastatrice de l'eau mais aussi la folie des hommes aux abois…

Kosh apparaît être le jeune le plus posé, ayant le sens des priorités, sans doute est-ce dû au fait qu'il soit l'aîné d'une famille d'agriculteurs. Un sang-froid et une certaine force de la nature l'habitent dans les conditions désespérées. Il s'impose alors d'instinct comme le meneur de cette tribu reconstituée. Toutefois, Kosh dissimule à ses compagnons, une indéniable sensibilité, en proie aux doutes qui le tiraillent, c'est une des raisons qui le rend tangible, humain. Les autres protagonistes ne sont pas relégués au second plan pour autant et se révèlent peu à peu au fil des pages, on s'attache ainsi à chacun (notamment Noah), car plus les liens se tissent entre eux et plus ils s'ancrent en nous.
Au milieu d'un monde saccagé, leur principal atout, outre le serment émis, est d'œuvrer pour le groupe et non personnellement.

Ce que j'ai vraiment apprécié dans cet ouvrage vient de sa composition en plusieurs parties avec une ambiance, une atmosphère différente à chaque fois. La troisième est la plus déroutante mais ma préférée, puisque l'on quitte la narration en temps réel pour un style épistolaire.

Je ne saurais que trop vous conseiller la lecture de cet immense coup de cœur dès le 9 septembre en librairie, car ce roman trouve un écho dans les pluies diluviennes des mois de mai et juin mais aussi dans les situations des camps de réfugiés de ces dernières années.

Monsieur Villeminot, la suite siouplaît !! 

Fred

Les pluies
Auteur : Vincent Villeminot
Éditeur : Fleurus
Date de parution : 9 septembre 2016
Dès 13 ans
Pages : 356
Prix : 14,90 €
EAN : 9782215132141

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