mercredi 16 novembre 2016

"Songe à la douceur" de Clémentine Beauvais

Songe à la douceur

Auteur : Clémentine Beauvais


Résumé :

Quand Tatiana rencontre Eugène, elle a 14 ans, il en a 17 ; c’est l’été, et il n’a rien d’autre à faire que de lui parler. Il est sûr de lui, charmant, et plein d’ennui, et elle timide, idéaliste et romantique. Inévitablement, elle tombe amoureuse de lui, et lui, semblerait-il… aussi. Alors elle lui écrit une lettre ; il la rejette, pour de mauvaises raisons peut-être. Et puis un drame les sépare pour de bon. Dix ans plus tard, ils se retrouvent par hasard. Tatiana s’est affirmée, elle est mûre et confiante ; Eugène s’aperçoit, maintenant, qu’il la lui faut absolument. Mais est-ce qu’elle veut encore de lui ? Songe à la douceur , c’est l’histoire de ces deux histoires d’un amour absolu et déphasé – l’un adolescent, l’autre jeune adulte – et de ce que dix ans à ce moment-là d’une vie peuvent changer. Une double histoire d’amour inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky – et donc écrite en vers, pour en garder la poésie.






Avis :

Un matin d’hiver, sur la ligne 14 du métro, Eugène et Tatiana s'observent, se jaugent, se reconnaissent, se redécouvre...
Il est étrange de constater comment le hasard s’amuse à réunir certaines personnes, ici, Tatiana et Eugène. Mais ces deux-là ne sont pourtant pas des inconnus l'un pour l'autre et c'est l'occasion d’un retour en arrière.
Tatiana, 14 ans, était douce et rêveuse, une idéaliste préférant vivre dans la fantasmagorie que dans l'instant présent. À l'opposé, Eugène âgé de 17 ans, qui n’a plus rien à apprendre, vient traîner dans la maison familiale pour accompagner son meilleur ami, Lensky, sortant avec Olga la sœur de Tatiana.

Pourquoi se sont-ils perdus de vue durant toutes ces années ? Que sont leurs rêves devenus ?

À l'époque, tandis que Lensky et Olga vaquent à des occupations sous le signe "des bizouilles", Tatiana tente d'initier Eugène au peintre Caillebote. L’adolescent n'en a cure puisqu'il se définit au-dessus de tout ça, mais il faut bien que les heures s'écoulent. La demoiselle se repasse ces moments partagés (enjolivés) durant la nuit. Toutes ses pensées nocturnes tourbillonnent et dansent autour d'Eugène.
Lors de leurs retrouvailles fortuites, Tatiana semble plus distante avec lui, sans doute une prise de conscience tardive qu'Eugène s'est "moqué" d'elle. Pourtant au fond d'elle ça vibre, ça se réveille. Du côté du jeune homme, lui est aimanté par la belle, une inversion des rôles (Suis-moi je te fuis, fuis-moi je te suis).
Dès lors un jeu de séduction, de minauderie s'instaure. Néanmoins, Tatiana s'est choisi une ligne de conduite pour sa thèse portant sur les travaux de Caillebote, ne laissant que peu de place pour sa vie privée. Mais cette rencontre impromptue lui permettrait, l'espère-t-elle, d'avoir un nouvel éclairage sur les faits d'il y a dix ans, concernant Lensky.

Clémentine Beauvais revisite un classique de la littérature russe, Eugène Onéguine, de Pouchkine et Tchaikovsky. (Sur le coup, Satrape a pensé « Ô mon Dieu, qu’ai-je donc été faire dans cette galère ! Une histoire d’amour comme à l’école… Aaaahhh, pas les cours, s’il vous plaît, je suis sage ! »)
Elle reprend les noms des personnages originels, en transposant les lieux et l'époque. Elle respecte également la forme générale, à savoir des vers libres.
Mais elle y impose joliment son grain de sel, en jouant sur les polices, la mise en page et l'orientation du texte. Elle ne s'arrête pas là, cette auteur s'autorise le luxe d'intervenir dans l'intrigue, d'interpeller, voire de se disputer avec les protagonistes, injectant ainsi une dose de folie, un nouveau dynamisme.
Voici un ouvrage fabuleux, sur tous les plans dans lequel nous nous sommes lovés (et pas qu'une fois d'ailleurs.) C'est doux, sucré, drôle, piquant parfois… (un vrai bonbon, Satrape a refourgué à Fred son addiction au sucre).

Les flots des paroles nous ont emportés, remués, comme si nous étions spectateurs aux premières loges de cette histoire pour finir comme une madeleine, le cœur chaviré et la tête dans les étoiles.
Nous nous sommes vus dans notre jeunesse où la différence d’âge pouvait avoir une importance tellement capitale, alors que passer la vingtaine, ce ne sont pas 2/3 années voire même plus qui empêcheront deux personnes de s’aimer.

Clémentine Beauvais nous donne l’opportunité de prolonger la douceur de l'été, c'est chaud et douillet en toute saison. Plus important encore, ses mots sont un baume apaisant, un sparadrap pour âmes meurtries à la suite d'une défaite amoureuse. Elle nous offre, grâce à sa verve originale et percutante, de l'espoir. Un espoir que demain sera beau même après une fêlure de cœur, de cette fibre élémentaire de l'être.

Finalement, nous aurions adoré dévorer les livres de cet auteur durant ces cours de français, bien moins contraignant et étouffant, au contraire tant d’humour, de violence, d’émotions, nous rendent tellement vivants !
Bref, nous avons été subjugués par le génie de cette pétillante damoiselle. 

C’est donc sans surprise que nous nous retrouvons encore avec un immense coup de cœur de cette déesse de la vie et de l’amour !

Mille et un mercis seront insuffisants pour remercier les éditions Sarbacane de nous procurer des vibrations ainsi. Tibo, publier des romans de Clémentine est mauvais pour toi, car à chaque fois qu'elle en écrit un, la montagne "Tibo, on te hait" s'élève de plusieurs mètres.

Satrape & Fred

Songe à la douceur
Auteur : Clémentine Beauvais
Éditeur : Sarbacane
Collection : Exprim'
Dès 13 ans
Parution : 24 aout 2016
Pages : 240 pages
Prix : 15,50 €
EAN : 9782848659084




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